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Nous avons interrogé Louis Fourrier, cofondateur de Hoggo, une solution gratuite de gestion des ressources humaines.

Vous avez décidé de rendre votre plateforme SIRH gratuite. Pour quelles raisons ?

Chez Hoggo, notre cœur de métier, c’est de simplifier le fonctionnement interne des entreprises tout en se battant pour leur permettre de faire constamment des économies. Nous avons commencé par optimiser les contrats d’assurance collective de nos clients, pour leur offrir de meilleures garanties au meilleur prix. L’étape suivante ? Créer une plateforme qui leur permette de gérer plus facilement la paperasse et les contrats au quotidien.

L’année dernière, nous sommes allés encore plus loin, avec un projet un peu fou : créer un SIRH 100% gratuit, facile à déployer dans n’importe quelle entreprise. Nous nous sommes en effet rendus compte que beaucoup de petites structures n’avaient pas le réflexe de s’appuyer sur ce genre d’outils.

À peine 20% des entreprises de moins de 100 salariés utilisent ainsi aujourd’hui un SIRH alors que ce genre de plateforme peut avoir un impact considérable en interne, notamment pour la collecte des différents éléments variables de paie (absences, notes de frais, titre de transport, mutuelle, prévoyance, etc…).

Notre premier objectif, en rendant notre SIRH gratuit, est vraiment de démocratiser le recours à ce type de produit, y compris dans les petites entreprises où les fonctions administratives sont souvent vues comme une corvée.

Notre second objectif est d’ordre marketing : en équipant ces entreprises d’un SIRH simple, facile à utiliser, nous disposons d’un point d’entrée dans leurs process RH, et pouvons leur proposer d’optimiser tous leurs contrats d’assurance collective si elles le désirent. Le SIRH est donc un vrai canal d’acquisition chez nous.

La troisième raison est peut-être encore plus stratégique. La dernière décennie a vu l’émergence du SaaS, c’est-à-dire de solutions dans le cloud, payantes à l’abonnement par mois.

En 2022, il est devenu bien plus simple de programmer ce genre d’applications. Chez Hoggo, nous sommes convaincus que nous allons assister à une déflation des coûts du SaaS ces prochaines années, notamment dans les applications ayant une architecture simple et une technologie limitée.

Ce phénomène va s’accélérer avec l’inflation des coûts généraux, déjà constatée depuis quelques mois. Pour moi, les seuls produits qui survivront seront ceux qui apporteront suffisamment de valeur ajoutée à leurs utilisateurs. C’est ce que fait justement notre SIRH. Il s’inscrit également dans cette volonté, constante chez nous, d’apporter un maximum de services aux entreprises, pour un minimum de dépenses.

En quoi créer un projet de ce type est différent en 2022 qu’il ne l’était il y a 10 ans ?

Le marché du SIRH, et plus largement du logiciel, a énormément évolué en 10 ans. Je vois 3 grandes tendances qui l’ont impacté, et dont les effets continuent de se faire ressentir :

1. La facilité de développement

Un des changements majeurs est qu’aujourd’hui la productivité du développement informatique a considérablement augmenté. Même en utilisant un vrai langage de programmation, c’est devenu beaucoup plus facile d’organiser le travail des développeurs, et de construire des applications et du front. Cela signifie qu’il faut beaucoup moins de temps et d’investissement pour développer la même plateforme en 2022 qu’il y a 10 ans.

Cela est dû à des gains énormes d’efficacité, liés aux nouvelles méthodes d’organisation, aux nouveaux outils d’aide au développement et de conception produit mais également aux nombreuses librairies open source à disposition des développeurs. Les solutions no code jouent un rôle très important ici, en permettant de développer rapidement des outils simples pour des coûts réduits et stables.

2. Maturité des entreprises pour le digital et importance de la marque employeur

La deuxième grande différence fondamentale est que les clients potentiels sont beaucoup plus matures aujourd’hui qu’il y a 10 ans : ils sont moins réfractaires devant ce type de solutions digitales. Résultat ? Pour un même produit, il y a plus de clients potentiels aujourd’hui qu’en 2012. De plus en plus d’entreprises sont rassurées par le digital, par le cloud et par les abonnements à un service informatique. Cela diminue considérablement les coûts de distribution.

Autre phénomène ? Nous sommes beaucoup plus conscients qu’avant que certains outils digitaux peuvent nous aider à améliorer le quotidien dans les entreprises, et la crise du Covid a encore renforcé cette conviction.

3. Plus de concurrences et d’offres SaaS

Parallèlement, nous avons assisté à l’émergence de nombreux acteurs et de nombreuses plateformes qui adoptent le modèle SaaS et qui proposent constamment de nouveaux services, notamment RH. Par rapport à 2012, le nombre de plateformes proposant des services RH digitaux a explosé. La majeure partie de ces acteurs sont des acteurs SASS. Pour se différencier sur ce marché, il faut apporter une innovation de rupture.

Chez Hoggo, nous essayons de le faire tout d’abord en rendant beaucoup plus transparents tous les process opaques et compliqués qui rythment la gestion admin des entreprises, et ensuite par le prix, pour justement rendre accessible à tout le monde ces services.

Votre constat sur la plus grande facilité à créer ce genre de plateforme a-t-il changé la manière dont vous abordez le développement du SIRH ?

 Dès le début du projet sur le SIRH, nous avons décidé de développer les modules essentiels qui permettaient de répondre aux besoins de 90% des entreprises en France, ni plus ni moins. Pas de fioritures, juste de l’efficacité.

Fort heureusement, il s’avère qu’en pratique, bien que le champ des actions et des possibles soit large, la complexité informatique du projet est relativement limitée. C’était prévisible car aujourd’hui des milliers d’entreprises fonctionnent encore avec des tableurs Excel sur ce sujet.

Autre phénomène qui joue un rôle important ? Notre outil SIRH se conçoit comme une succession de modules indépendants, imbriqués autour de la notion d’employés et d’entreprises. Cette caractéristique permet de paralléliser les développements pour gagner en vitesse.

Nous avons pu donc maximiser le travail des développeurs en les rendant responsables d’un module en particulier. Nous avons donc eu une organisation du projet optimale pour livrer notre dizaine de modules en 3 mois.

Quel impact a le low code sur le marché des outils et des solutions SaaS ? Permet-il à de plus petits acteurs de concurrencer des acteurs déjà bien implantés ?

Premièrement, il permet à de nouveaux acteurs de concurrencer des acteurs historiques du SaaS. Les solutions low code permettent ainsi de créer des pages, des modèles de données (base de données, relations entre les modèles), des règles (conditions, etc.) et des événements. Quand on y pense, la plupart des applications web sont effectivement une superposition de tous ces éléments.

Aujourd’hui, l’impact principal des applications de low code se situe sur les sites vitrines et sur les applications simples. Le no code va remplacer progressivement le rôle de certaines agences de développement sur le segment des sites vitrines ou des applications simples ne nécessitant que peu de modèles de données. Selon moi, il va se diffuser lentement vers des applications de plus en plus compliquées mais la transition sera longue.

Mais curieusement, le vrai impact du low code est plutôt du côté des solutions SaaS existantes, où il est très largement utilisé. Quand sur Sendinblue, vous pouvez créer des workflow de relances d’emails et de SMS avec des conditions sur des segments d’utilisateurs, vous êtes en train d’utiliser des solutions de no code.

Les CRM intègrent désormais tous ce genre d’outils. Ces features sont devenues indispensables pour proposer de la personnalisation pour tous les besoins spécifiques par-dessus une couche commune. Cela permet de régler (en partie) le problème de développer des solutions génériques pour des besoins spécifiques.

Selon vous, ce constat va-t-il s’intensifier encore dans les années à venir ? Les logiciels low code/no code vont-ils progressivement s’imposer sur le marché ?

Il ne faut pas voir les logiciels de programmation low code comme une révolution. C’est pour moi le dernier prolongement d’un processus qui s’est amorcé depuis le début de l’informatique. Il y a 30 ans, la plupart des logiciels étaient programmés en Java et C++. Nous avons ensuite assisté à l’émergence de langages de programmation de haut niveau, qui sont en fait une surcouche des langages de programmation de bas niveau, censée faire gagner du temps aux développeurs en évitant de réinventer des parties importantes de leur programme. Puis, nous avons vu l’émergence de framework web (Rails, Django, Symphony, Laravel etc…) qui améliorent considérablement la productivité dans le développement des applications web.

Les prémisses du low code se retrouvent dans les plateformes permettant de customiser les données enregistrées et les actions à mener. La question est de savoir est ce qu’aujourd’hui il va y avoir une transition massive des applications web vers ce nouveau paradigme ?

Les logiciels no code sont très intéressants pour programmer des suites d’actions très spécifiques. Dans le marketing par exemple, c’est devenu la norme de créer des automatismes de relances de clients et de prospects, et cela s’apparente à du no code. Le no code va également s’imposer pour la création de sites vitrines (Wix, WordPress, Webflow) et pour les processus simples de recueil d’informations. C’est déjà largement possible avec les solutions actuelles.

Néanmoins le low code va atteindre très vite des limites car en réalité pour effectuer les opérations les plus complexes, il faut un degré de compréhension du système important, ce qui revient en réalité à avoir des développeurs en interne. Le métier de développeur ne va donc pas s’arrêter, il va tendre à se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée.

De plus, pour les applications plus larges, le nombre d’interfaces et d’opérations complexes est important donc le gain de simplicité des plateformes low code a tendance à diminuer à mesure que la complexité du projet grandit et même à devenir un facteur à partir d’un certain seuil. Par ailleurs, il est intéressant de noter l’émergence d’outils de machine learning permettant d’aider les développeurs à coder sur des logiciels de haut niveau des bouts de code. Cela pourrait être la parade des logiciels de développement classiques face aux outils de low code. On peut citer notamment GitHub Copilot : Your AI pair programmer.

En revanche, il faut noter une évolution importante de ces dernières années, la barrière à l’entrée pour apprendre à programmer est devenue de plus en plus faible. Il est aujourd’hui beaucoup plus simple de devenir développeur qu’il y a 20 ans.

En tant qu’outil SaaS, comment adapter son business model pour faire face à cette problématique ?

Selon moi, il faut se concentrer et facturer uniquement les tâches à forte valeur ajoutée, et utiliser le développement d’application comme moyen d’acquisition ou d’intégration native avec des fonctionnalités payantes. C’est ce que nous faisons chez Hoggo, et c’est ce qui nous permet aujourd’hui de compter plus de 2,200 clients dans toute la France.

 

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